2019-n Coronavirus : un nouveau virus. Une nouvelle menace ?
Par le Pr Matthieu Revest, infectiologue
Service des Maladies Infectieuses et Réanimation Médicale CHU Rennes
Etablissement de santé de référence Maladies Infectieuses Emergentes, région nord-ouest
Inserm U1230, CIC-Inserm 1414, Université Rennes 1
Publié le 31 janvier 2020, mis à jour le 05 mars 2020
Un nouveau Coronavirus dénommé 2019-nCoV
- Le 31 décembre 2019, la Chine annonce à l’organisation mondiale de la santé la survenue de cas groupés de pneumopathies d’étiologie inconnue, survenus depuis le premier décembre chez 27 patients ayant tous fréquenté un marché de fruits de mer et de poissons dans la ville de Wuhan1. Ce marché sera fermé par les autorités locales dès le lendemain, premier janvier 2020.
- Le 07 janvier, un virus est identifié comme étant responsable de ces pneumonies. Il s’agit d’un virus jusque-là inconnu qui sera très rapidement identifié comme étant un nouveau Coronavirus dénommé 2019-nCoV.
- Les choses vont ensuite très vite : le premier décès est annoncé le 11 janvier et un premier cas sans aucun lien avec le marché initialement en cause est rapporté en Thaïlande, témoignant de la possibilité d’une transmission interhumaine et de la diffusion secondaire possible de ce virus à l’extérieur des frontières chinoises.
- A l’heure à laquelle ces lignes sont écrites, plus de 95000 cas ont été recensés, dont 3282 décès et plus de quatre-vingts pays ont rapporté des cas.
Une nouvelle épidémie à appréhender par les professionnels de santé
- Les médias ont très vite rempli leur rôle d’information de la population. Malheureusement, et comme souvent, cette information, délivrée en temps réel (c’est l’esprit de notre époque….), a occasionné beaucoup de réactions inadaptées, voire clairement néfastes.
- On pense notamment aux discours et attitudes racistes dont été victimes des personnes d’origine asiatique notamment en France. Comme toujours, ces réactions sont la conséquence de méconnaissances, sources de peurs irrationnelles, mais peut-être également sur notre refus d’accepter que nous restions sensibles à notre environnement et donc aux microorganismes qui le peuplent, et ce malgré une médecine de plus en plus efficace.
- Cette petite mise au point tente de donner les clés aux professionnels de santé pour bien appréhender cette nouvelle épidémie.
L’OMS et les autorités nationales sanitaires de chaque en pays en alerte
- Quel est ce nouveau virus ? Il s’agit effectivement d’un nouveau coronavirus. On connaissait jusque-là 6 coronavirus : 4 humains (229E, OC43, NL63, HKU1), qui provoquent des infections respiratoires hautes bénignes et 2 d’origine animale : l’agent responsable du SRAS (pour Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) et celui du MERS-CoV (pour Middle East Respiratory Syndrome).
- Le SRAS est apparu durant l’année 2002 et a été la preuve d’une idée qui n’était alors que conceptuelle : la possibilité pour un nouveau virus de diffuser très rapidement à l’ensemble du monde grâce aux voyages internationaux. Durant l’année 2003, cette épidémie, dont l’épicentre se situait également en Chine, a touché au moins 8400 personnes dans 29 pays différents et 916 décès (taux de létalité de 11%).
- Du fait d’un certain degré de rétention d’information initial par les autorités chinoises, l’épidémie a pu diffuser. Mais, une fois l’alerte donnée, les mesures d’identification rapide et d’hospitalisation systématique des patients en chambre d’isolement ont permis de contrôler l’épidémie dorénavant révolue.
- En 2003 également, a été identifié un virus grippal aviaire, le H5N1, pouvant évoluer vers un virus pandémique, et provoquant le décès de 59% des patients atteints.
Ces deux épisodes contemporains ont incité l’OMS et les autorités nationales sanitaires de chaque pays à élaborer des plans de lutte contre les infections émergentes, dont le plan actuel français en est l’évolution.
Une transmission interhumaine par voie respiratoire existe
Le MERS-CoV est apparu en 2012 et l’épidémie a rapidement pris de l’ampleur à partir de 2013. Il sévit exclusivement actuellement dans la péninsule arabique mais a provoqué une épidémie en Corée du Sud en 2015 du fait d’un manque de planification locale de lutte contre ces épidémies. Ce virus, pour lequel le dromadaire joue le rôle de réservoir, provoque encore actuellement régulièrement des cas en Arabie Saoudite. Des cas suspects sont assez souvent hospitalisés en France. II a été recensé plus de 2400 cas d’infections à Mers-CoV dans 27 pays (principalement dans la péninsule arabique) et 858 décès. La transmission interhumaine par voie respiratoire existe.
Une origine animale identifiée
- Ce nouveau virus fait donc partie de cette même famille. Son origine est animale mais son réservoir n’a pas encore été identifié. La transmission interhumaine a dorénavant été prouvée par voie respiratoire et nous faisons donc possiblement face une épidémie au potentiel pandémique2.
- Fort heureusement, les leçons de l’épidémie du SRAS ont porté leur fruit. La Chine a communiqué très rapidement et de façon très transparente sur cette épidémie. Il faut saluer également l’identification excessivement rapide de l’agent pathogène et la mise au point de méthodes diagnostiques fiables.
- La Chine a de plus fourni à l’ensemble de la communauté scientifique internationale les souches virales, permettant à chaque pays de s’autonomiser en termes de diagnostic et de recherche. Tout ceci a permis de contrôler jusqu’à maintenant l’infection en isolant au plus vite tous les malades.
- Il y a d’ailleurs un côté admirable, (presque émouvant !) à voir comment la communauté internationale est dorénavant capable de faire face à une nouvelle épidémie avec une telle rapidité. Rendons-nous compte : en moins d’un mois, nous avons été capables d’identifier un virus jusqu’ici totalement inconnu et de mobiliser la communauté internationale pour une réponse globale coordonnée.
Des signes cliniques proches de ceux de la grippe
Ces éléments positifs ne doivent pas faire baisser la garde et nous devons rester mobiliser pour mieux connaître et contrôler cette épidémie.
Que savons-nous actuellement ?
- Comme dit plus haut, plus de 9700 patients ont été touchés par ce virus. Les enfants semblent peu touchés jusqu’ici mais cette information doit être prise avec précaution : les publications scientifiques émanent toutes pour l’instant d’hôpitaux d’adultes et il est possible que les enfants ne soient peu voire pas symptomatiques. Ils pourraient de ce fait diffuser l’épidémie.
- Chez les adultes, l’âge moyen des patients atteints est de 59 ans avec un sexe ratio à peu près équilibré (56% d’hommes).
- L’incubation semble relativement brève, de 5 jours en moyenne mais peut aller jusqu’à 14 jours. Le taux de reproduction (nombre de malades « provoqués » par un malade ou R0) est de 2,2 (pour information le R0 de la varicelle est 4 et celui de la rougeole de 14 !).
- La mortalité de la maladie (essentiellement par syndrome de détresse respiratoire aiguë) semble faible, inférieure à 3%. Les signes cliniques sont proches de ceux de la grippe mais des tableaux digestifs, comme des diarrhées, peuvent parfois être présents3.
Une prise en charge par le CHU en cas de suspicion confirmée
- Que faire si on est en contact avec un patient suspect ? Le port de masque (patient et soignant) et les frictions des mains aux solutions hydroalcooliques semblent particulièrement efficaces pour se prémunir de ce virus et il s’agit là de la première mesure à appliquer par le professionnel.
- Ensuite, il faut confirmer le caractère suspect du cas. L’épidémie n’étant pas encore parfaitement caractérisée, la définition des cas suspects est très évolutive. Elle est disponible sur le site de Santé Publique France4.
- Au moindre doute, un appel au centre 15 permettra de confirmer ou non le caractère suspect du cas. Si la suspicion était confirmée, la prise en charge du patient serait réalisée dans le CHU le plus proche de son logement avec un transport organisé par le centre 15. Les procédures sont parfaitement connues des personnels de ces centres spécialisés et efficaces pour assurer la meilleure prise en charge possible du patient tout en garantissant une sécurité optimale des professionnels de santé.
Une évolution possible de l’épidémie sous trois angles
Il est pour l’instant difficile de dire comment va évoluer cette épidémie.
Trois solutions sont possibles :
- L’extinction progressive de cette épidémie grâce aux mesures de confinement mises en place, comme l’épidémie de SRAS ;
- La poursuite de l’épidémie avec un nombre de cas graves conséquent : il faudra alors continuer coûte que coûte à contrôler cette épidémie et les mesures déjà mises en place s’installeraient alors dans le temps ;
- La diffusion de l’épidémie à l’ensemble du globe mais avec un nombre de cas graves modestes : il sera alors inutile de tenter de contrôler cette épidémie « banalisée », le virus devenant endémique comme ceux de la grippe par exemple, mais concentrer les moyens sur la prise en charge des seuls patients graves. Les prochains mois répondront à cette interrogation.
En conclusion
- Cette nouvelle épidémie confirme le formidable potentiel d’apparition des maladies virales et justifie tous les plans de surveillance des maladies infectieuses émergentes existant au niveau international et en France en particulier.
- Il n’y a pour l’heure pas de raison de redouter une pandémie grave et il faut absolument tenter de rassurer nos concitoyens et sortir de cette engrenage anxiogène pourvoyeur de comportements inadaptés (ruée sur les masques en pharmacie d’officine au risque de rendre l’approvisionnement des structures de soins délicat) ou inacceptable (attitude raciste envers les personnes d’origine asiatique).
- Elle rappelle surtout que nous vivons tous sur la même planète et qu’à notre époque, les épidémies apparaissant à un endroit du monde concernent en réalité l’ensemble de la population.
- Notre mode de vie (pénétration de plus en plus profonde de l’ensemble des écosystèmes, réchauffement climatique) favorise la survenue de ce type d’épidémies qui nous renvoient à notre condition d’animal sensible à notre environnement. Cela doit nous rendre humble et nous inciter à nous y préparer. Nous en avons les moyens.
Références
- Zhu N, Zhang D, Wang W, et al. A novel coronavirus from patients with pneumonia in China, 2019. New Engl J Med 2020 Jan 24
- Chan JF, Yuan S, Kok KH, et al. A familial cluster of pneumonia associated with the 2019 novel coronavirus indicating person-to-person transmission: a study of a family cluster. Lancet 2020 Jan 24
- Li Q, Guan X, Wu P, et al. Early transmission dynamics in Wuhan, China, of novel coronavirus-infected pneumonia. New Engl J Med 2020 Jan 30
- https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/cas-de-pneumonies-associees-a-un-nouveau-coronavirus-2019-ncov-a-wuhan-en-chine
